L’avantage comparatif comme déterminant du commerce
Remarque sur les modèles
- Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles.
- Une image vaut mille mots.
- La carte n’est pas le territoire
- Il existe de nombreuses cartes possibles d’un même territoire, chacune d’entre elles peut être utile à des fins spécifiques - et la seule carte complètement réaliste, celle qui reproduit exactement l’ensemble du territoire, n’a aucune valeur pratique du tout.
- Keynes: L’économie est une façon de penser… En termes de modèle, cela revient à l’art de choisir le ou les modèles qui sont pertinents pour le monde contemporain.
Ricardo
Introduction
Importer peut créer du chômage et heurter l’industrie intérieure (USA avec automobiles européens ou Europe avec l’accord multifibres). Mais les pays font quand même du commerce international à cause de deux raisons (principalement):
- Exploitation des différences entre pays. Coût d’opportunité→ Est ce que ça veut la peine de produire X et pas Y?
- Productivité relative (modèle de Ricardo).
- Ce modèle assume que les travailleurs peuvent changer d’emploi sans complications additionnelles.
- Dotation en facteurs (capital, travail, ressources naturelles).
- Productivité relative (modèle de Ricardo).
- Afin d’exploiter des économies d’échelles dans la production.
Exemple numérique
La qualité et technique sont les mêmes mais→
- Genève : Il faut 10 heures de travail pour produire 1 litre de vin (V) et 5 heures pour produire 1 kg de fromage (F).
- Valais : Il faut 8 heures de travail pour produire 1 litre de vin et 2 heures pour produire 1 kg de fromage.
Durant une semaine (40 heures), production maximale:
- Genève: (4V; 0F); (3V;2F),…,(0V;8F).
- Valais: (5V; 0F); (4V;4F),…,(0V;20F). Coût d’opportunité→ Coût d’un fromage par rapport à une bouteille de vin. Coût du bien X par rapport au bien Y.
En situation d’autarcie
Consommation = Production Genève : 1 litre de vin coûte 2 kilos de fromage. Valais : 1 litre de vin coûte 4 kilos de fromage.
Hypothèse: Possibilité d’échanger entre Genève et le Valais 1 litre de vin contre 3 kilos de fromage. Que se passera-t-il ?
Libre-échange
Genève a intérêt à se spécialiser dans le vin et acheter son fromage au Valais. Le Valais a intérêt à se spécialiser dans le fromage et acheter son vin à Genève.
Paniers de consommation possibles : Genève: (4V; 0F); (3V;3F),…,(0V;12F→dépendance, dangereux pour la sécurité s’il y a des enjeux géopolitiques dans la région). Valais: (6,66V; 0F); (6V;2F); (5V;5F),…,(0V;20F).
L’échange est favorable pour les deux régions !
Remarque: avantage absolu vs. comparatif
- Genève n’a aucun avantage absolu par rapport au Valais que ce soit dans le fromage ou le vin.
- La bonne nouvelle est que chaque région (individus) a un avantage comparatif (ou relatif): une activité dans laquelle il/elle est relativement meilleur-e que n’importe qui (tant qu’il y a plus d’activités que de pays). La spécialisation dans l’activité dans laquelle on est relativement meilleur est une source de gain au commerce, même lors qu’on a aucun avantage absolu (notion de coût d’opportunité).
- Même quand on est meilleur dans tous les domaines de production, on a intérêt à déléguer certaines tâches.
On dit qu’un pays possède un avantage comparatif dans la production d’un bien si le coût d’opportunité de la production de ce bien y est inférieur à celui observé dans les autres pays. ⇒ Résultat essentiel de l’économie internationale : le commerce entre deux pays peut être mutuellement bénéfique si chacun d’eux exporte les biens pour lesquels il détient un avantage comparatif.
Un jour le mathématicien Stanislaw Ulam mit au défi le Prix Nobel d’économie Paul Samuelson de lui citer une seule proposition dans toutes les sciences sociales, qui sans être triviale, soit vraie. Samuelson proposa comme réponse la théorie de l’avantage comparatif de David Ricardo. Cette notion est logiquement vraie car elle n’a pas besoin d’être démontrée à un mathématicien et elle n’est pas triviale puisque des milliers d’hommes importants et intelligents n’ont jamais pu la comprendre d’eux-mêmes ou y croire une fois qu’elle leur eut été expliquée.
Quiz
B
A
Situation d’autarcie
Hypothèses
- Le travail est le seul facteur de production.
- Son offre est fixe (parfaitement inélastique).
- La productivité du travail est fixe.
- 2 biens substituables sont produits: fromage et vin.
- Concurrence parfaite sur tous les marchés (biens et travail).
Définitions et notations
- Productivité du travail:
- Nombre d’unités produites par unité de travail.
- Quantités unitaires de travail:
- Coefficient unitaire.
- Nombre d’unités de travail nécessaire par unité de produit.
- La fonction de production de Ricardo:
Possibilités de production
- La frontière des possibilités de production (FPP) nous donne la quantité maximale de vin qui peut être produite étant donnée la quantité produite de fromage.
- On part de la condition d’équilibre sur le marché du travail:
- On part de la condition d’équilibre sur le marché du travail:
Explication graphique
Équilibre de production dans l’économie fermée
Explication graphique
En économie fermée les deux biens sont produits (car quantités produites = quantités consommées) et comme mobilité parfaite du travail entre les deux secteurs, à l’équilibre:
Les quantités consommées/produites de chaque bien sont déterminées par la demande relative des deux biens au prix relatif fixé par les coefficients de travail unitaire.
Quand ont ouvre le marché les prix vont augmenter (secteur avec avantage comparatif) et baisser (secteur sans avantage comparatif), menant à la spécialisation.
L’équilibre d’autarcie: Les quantités consommées d’autarcie sont déterminées par les conditions de demande relative.
Commerce dans le modèle de Ricardo
Hypothèses
- Deux pays (Home et Foreign*).
- Deux biens: Fromage et Vin.
- Travail est le seul facteur de production.
- Son offre est fixe (parfaitement inélastique).
- La productivité du travail est fixe.
- Concurrence parfaite sur tous les marchés (biens et travail).
Déroulement
- On exporte le bien dans lequel on a un avantage comparatif et on importe l’autre bien:
- En équilibre de libre-échange on a une spécialisation (complète?) de Home en fromage et de Foreign en vin.
- Le prix d’équilibre se trouvera quelque part entre les prix d’autarcie.
Questions
A
C (Pour faire le coût d'un bien on fait (autrebien/heuresautrebien)/(bien/heuresdubien))
Les gains du commerce
Salaires
- En présence de commerce les prix des biens sont identiques dans les 2 pays (sinon arbitrage).
- Néanmoins, les différences de productivités absolues entre les pays font que les salaires ne sont pas nécessairement égaux.
- Si on est payé en fonction de ce qu'on produit bien sûr.
- Mais tant que le prix relatif de libre échange est entre les deux prix d’autarcie, les salaires (réels) augmentent dans les deux pays lorsqu’ils s’ouvrent au commerce.
Question
E.
Évidence empirique du modèle de Ricardo
Malgré une productivité absolue plus élevée aux États-Unis qu’en Angleterre à la fin de la 2ème guerre mondiale, les exportations des 2 pays correspondaient à la prédiction du modèle de Ricardo (McDougall, EJ 1951).
De nos jours il est plus difficile de prouver cela, les pays se sont spécialisés que dans quelques secteurs donc ils est impossible de savoir quelle serait leur productivité sans cette spécialisation (puisqu’on peut pas connaître tous les secteurs d’un pays, maintenant que beaucoup ont disparus). L’ensemble de la productivité des travailleurs n’est pas connaissable. Mais il y a quand même quelques exemples:
- Un pays à faible revenu comme le Bangladesh peut avoir un avantage comparatif dans les vêtements même s’il est moins productif dans ce secteur que d’autres pays comme la Chine, car il est encore moins productif que la Chine dans les autres secteurs.
- Exemple: Productivité (output par travailleur) au Bangladesh était seulement 28 per cent de la moyenne chinoise en 2011. Dans les vêtements, la productivité au Bangladesh était d’environ 77 per cent de celle de la Chine en 2011, ce qui crée un fort avantage comparatif pour le Bangladesh.
- Exemple: Productivité (output par travailleur) au Bangladesh était seulement 28 per cent de la moyenne chinoise en 2011. Dans les vêtements, la productivité au Bangladesh était d’environ 77 per cent de celle de la Chine en 2011, ce qui crée un fort avantage comparatif pour le Bangladesh.
Idées reçues sur l’avantage comparatif
- L’ouverture au libre-échange ne peut profiter à une économie qu’à condition qu’elle soit suffisamment efficace ou compétitive.
- Faux: ce qui détermine les gains au commerce n’est pas l’avantage absolu, mais l’avantage comparatif. Disposer d’un avantage absolu n’est une condition ni nécessaire ni suffisante pour bénéficier d’un avantage comparatif dans un secteur. La capacité à exporter un bien ne dépend pas uniquement des différences internationales de productivité dans ce secteur d’activité, mais aussi des différences de salaires entres les pays.
- La concurrence de pays à bas salaires est injuste et pénalise les pays développés (dumping social).
- Faux: Le salaire reflète les différences de productivité absolue entre les pays. Et les gains du commerce sont indépendants des avantages absolus. Le fait qu’un pays étranger ait un cout de production suffisamment faible dans un bien pour l’exporter s’explique effectivement par la présence d’un taux de salaire relativement bas. Mais cela n’a pas de conséquence pour le pays domestique dont le salaire ne fait que refléter sa propre productivité. D’ailleurs, en incitant à se spécialiser, l’ouverture au commerce permet de réorienter la main d’oeuvre dans les secteurs relativement plus efficace ce qui amène a des salaires plus élevés.
Productivité et Coûts du travail en Europe (2022)
Salaire dépend de la productivité, pas du pays dans lequel on vit. Ricardo disait déjà cela.
3ème idée reçue
Le commerce international permet aux entreprises et consommateurs des pays développés d’exploiter les travailleurs de pays à faible revenu en y maintenant de faibles salaires.
- Faux: Le commerce augmente le salaire des travailleurs en leur permettant de se spécialiser là où ils sont relativement plus productifs. Lorsque le prix du bien exportable augmente, ceci engendre une augmentation des salaires réels. Si le pays étranger refuse tout commerce avec l’économie domestique, les salaires réels y seront encore plus faibles.
- La solution n’est pas d’arrêter le commerce, mais de permettre une augmentation de la productivité (transfert de technologie, formation de capital humain, institutions, infrastructure, etc.).
Limites
- Le modèle de Ricardo montre que l’ouverture au commerce mondial génère des gains partagés par tous les pays, théorie connue depuis plus de 2 siècles.
- Pourtant : Brexit (2016), Manifestation en France contre l’accord avec MERCOSUR (2024), politiques protectionnistes de Trump (2016, 2024).
- Arguments du chapitre fondés sur des hypothèses très restrictives.
- Si la théorie économique peut démontrer que le commerce international est favorable à tous les pays pris dans leur ensemble, cela ne veut pas dire que le libre-échange ne fait pas de perdants.
- Un modèle théorique plus détaillé permet de comprendre comment l’ouverture commerciale, en bouleversant les structures économiques, affecte non seulement le bien-être national mais aussi la distribution des revenus au sein de chaque pays.
- A CT: déplacer des ressources d’un secteur vers un autre n’est pas instantanée et engendre un cout + à LT: modifier le type de bien que produit un pays réduite la demande de certains facteurs et augmente la demande pour d’autres (section suivant).
- Si le pays pris dans son ensemble gagne au commerce, que la somme des gains dépasse les pertes et qu’en plus les gagnants (qui incluent tous les consommateurs) sont forcement plus nombreux que les perdants, on devrait observer un large soutien populaire pour le libre-échange.
- Mais pas le cas, pourquoi ? A CT :
- Gains et pertes sont justement très inégalement répartis.
- Les travailleurs mis au chômage doivent s’engager dans une reconversion professionnelle, souvent logue, couteuse et difficile – souvent les travailleurs les plus pauvres dans les pays développés (injustice économique).
- Secteurs sinistrés souvent regroupés géographiquement donc perte pour tous les habitants des villes et territoires touchés (injustice territoriale).
- Mais limiter les échanges internationaux est-elle la bonne politique pour éviter le creusement des inégalités sociales ?
- Quid d’un système de protection des travailleurs renforcé.