Âge doré du pacifisme
Introduction: Deuxième vague et expansion du mouvement pacifiste
Pacifisme syndicaliste, socialiste et libre-échangiste
- Ligue internationale et permanente pour la paix (F. Passy, Paris, 1867-70).
- International League for Peace and Freedom (Ch. Lemmonier, Jules Barni, Gustave Vogt, 1867 Genève) vague et expansion.
- Workmen’s Peace Committee (1870, R.U.) du mouvement.
- Société française pour l’arbitrage entre nations/Société des amis de la paix (1872, F) pacifiste.
Pacifisme des juristes – Paix par le droit
- Institut du Droit international (1873).
- International Law Association (1873).
- American Society of International Law (1906).
Parlementarisation du mouvement pacifiste
- Union interparlementaire (UIP, 1889).
Institutionnalisation de la coopération transnationale
- Bureau International pour la Paix (BIP, 1891 ).
- Congrès Universels de la Paix: 33 entre 1889 et 1939.
Organisation des femmes pacifistes
- International Women’s League for Peace and Freedom (1915)
Nouvelles associations des années 1890 et 1870
La Ligue internationale et permanente de la paix (1867) et la Société française des amis de la paix (1872)
Fréderic Passy (1822-1912)
- Économiste, libre-échangiste, fonctionnaire au service de l’Etat français, puis membre du Conseil d’Etat, publiciste.
- Pacifiste réaliste (couts d’une guerre).
- Fondateur de la Ligue internationale et permanente pour la paix (LIPP, 1867).
- LIPP dissoute pendant la guerre franco-allemande, il fonde la Société française des amis de la paix.
- Co-fondateur de l’Union Interparlementaire (1889, et son premier Président), co-fondateur du BIP (1891).
- Premier Prix Nobel 1901 (avec Henry Dunant).
La Ligue
- Passy devient leader du mouvement pacifiste français lorsqu’éclate la dispute concernant le Luxembourg entre Napoléon III et la Prusse. N. III revendique l’annexion du Lux. par la France comme prix pour sa neutralité pendant la guerre allemande.
- Fréderic Passy lance des courriers de lecteurs et publie lui-même une lettre ouverte dans le journal français « Le Temps » où il se prononce contre la revendication française.
- Il facilite ainsi le règlement pacifique du différend par la conférence du Concert européen à Londres (1867), (résultat: garnison prussienne démantélée, Lux. n’entre pas dans la Conféd. de l’Allemagne du nord).
- Motivé par le soutien que son initiative a suscité parmi quelques Français, Passy fonde la Ligue internationale et permanente pour la paix.
- Ligue reconnue pour son esprit de tolérance religieuse : un prêtre protestant, un catholique et un rabbin juif parmi ses membres.
- Mais le libre-échangisme pacifiste de la Ligue s’avère comme trop faible face aux conflits d’intérêt et de prestige nationaux. Pendant la Guerre franco-allemande de 1870/71, la Ligue fut dissoute.
- C’est pourquoi Passy fonde une association successeur exclusivement française en 1872, la Société française pour l’arbitrage entre nations/ Société française des amis de la paix, qui devenait rapidement l’association la plus importante des pacifistes français. Pour Passy comme pour la Société française, la lutte pour l’arbitrage était au centre des activités.
La ligue internationale pour la paix et la liberté (1867)
- LIPL fondée à Genève sous instigation du journaliste français Charles Lemmonier et de Jules Barni (prof. français de philosophie à l’Académie de Genève), qui mobilisent des membres suisses du mouvement pacifiste (francs-masons, radicaux).
- Plate-forme de renommé, mais aussi d’une orientation idéologique républicaine et socialiste poussée, rapidement déchirée entre diverses tendances idéologiques.
- LIPL = tentative à unir pacifistes républicains et leaders du mouvement socialiste internationaliste naissant à l’époque.
- Lors du congrès de 1867 à Genève organisé (voir plaque Uni-Dufour!) par Jules Barni et Charles Lemmonier, nombre des célébrités des deux camps étaient présents :
- Le libre-échangiste britannique John Bright et le syndicaliste Randall Cremer.
- Le révolutionnaire socialiste français Louis Blanc, l’anarchiste-socialiste russe Michail Bakunin (qui accepte la violence pour des buts politiques), le publiciste socialiste russe exilé Alexander Herzen.
- Des révolutionnaires exilés allemands comme le socialiste Johann Ph. Becker.
- Le révolutionnaire italien Guiseppe Garibaldi (avant son assaut sur Rome, échoué).
- L’écrivain Victor Hugo et des républicains de toute l’Europe envoyaient leurs voeux.
- Congrès de Genève développait un programme en faveur d’une :
- Solidarité de tous les peuples européens sur base du principe de l’autodétermination des peuples et la résolution du problème social,
- (abolition des monarchies et) l’établissement des républiques démocratiques.
- séparation entre l’église et l’Etat (laïciste),
- abolition des armées permanentes et
- une fédération des Etats européens.
- La LIPL a été dirigé par un « Comité central » comme les nouveaux partis socialistes du continent, mais les membres bourgeois prenaient le dessus.
- LIPL a publié sous Gustave Vogt (Suisse d’origine allemand, juriste et spécialiste du système fédéral, 1878-1886 rédacteur en chef de la NZZ) et avec participation des démocrates allemands Johann Jacoby et Ludwig Simon une revue intitulée Die Vereinigten Staaten von Europa.
- La version française, Les Etats-Unis d’Europe (1868-1939), fut éditée par le genevois Elie Ducommun de 1868 à 1871.
- Scission: les socialistes quittent la LIPL et se réunissent bientôt dans « L’Alliance internationale de la démocratie socialiste » (la première « Internationale socialiste ») qui publie sous la rédaction de Johann Philipp Becker à Genève un journal en allemand, « Der Vorbote » (« l’avant-coureur »).
- Le camp républicain bourgeois persévère dans la lutte pacifiste au sein de la LIPL.
- Le républicanisme se heurtant aux réalités de l’époque, l’idée d’une fédération européenne à l’affrontement franco-allemand, l’influence de la LIPL reste limitée.
- La LIPL se réoriente donc vers l’arbitrage comme clé de la paix.
- Son secrétaire-général Elie Ducommun devient premier secrétaire-général du BIP fondé en 1891 > continuité du personnel !
Points principaux
- Mouvement de la paix renaissant à la fin des années soixante basé en partie sur une coopération entre républicains français, suisses, allemands, belges et autrichiens; favorise l’idée d’unification des peuples européennes, en partie contre les dynasties au pouvoir.
- La Suisse républicaine et fédérale souvent évoquée comme modèle pour une Europe républicaine unie, pacifistes favorables à donner aux Suisses une place prééminente dans le mouvement.
- Tensions nationalistes, ajoutées aux orientations idéologiques diverses, les socialistes, les républicains bourgeois et les pacifistes monarchistes plus conservateurs ne trouvaient guère un toit commun.
- Mouvement pacifiste poursuit objectifs trop variés (paix, fédération, républicanisme, autodétermination des peuples, suppression des armées professionnelles, arbitrage) > il n’arrive pas à s’imposer.
- Guerre franco-allemande brise l’idée d’une fédération européenne, l’entente entre pacifistes français et allemands rudement mise à l’épreuve.
- Favorise une orientation plus « réaliste » du mouvement (pro-arbitrage).
Le rôle des associations du droit international
- Une perspective plus pragmatique apparaît sur l’horizon avec l’essor d’une entente des juristes européens et américains > idée de l’arbitrage internationale.
- La guerre franco-allemand > effets de plus en plus destructeurs de la technologie de guerre, plusieurs appels pour une cour internationale d’arbitrage lancés.
- Par ex. Workmen’s Peace Committee fondé par Randall Cremer (1870).
- USA et Royaume-Uni décident en 1871 de soumettre leur différend concernant le bateau Alabama à l’arbitrage.
- Explication: par cela R.-U. acquiesce en principe de payer une indemnité, car il parait improbable que les arbitres jugent la transformation du bateau Alabama en navire de guerre par un chantier britannique pendant la Guerre de sécession (1861-1865) conforme à la neutralité britannique.
- Le cas de l’Alabama (négocié à Genève) rallie le mouvement pacifiste derrière l’idée de l’arbitrage comme moyen de résolution des différends.
- Pacifiste britannique Henry Richard propose, et House of Commons accepte, en 1873 une résolution en faveur d’un système permanent d’arbitrage entre nations.
- Parlements belge, néerlandais, suédois, italien adoptent des résolutions analogues, mais non pas les parlements français, allemands et danois.
- Multiplication des associations nationales pour l’arbitrage internationale.
International Law Association (1873)
- Le différend Alabama démontrait aux juristes qu’il était difficile d’appliquer l’arbitrage en l’absence des règles générales.
- Par conséquent, le juriste américain David Dudley Field (1805-1894) développait en 1872 le premier plan détaillé pour une procédure internationale d’arbitrage.
- Il envisageait création d’une commission mixte de cinq juristes par chaque nation impliqué dans un différend, qui devait réparer un rapport dans les six mois.
- Faute d’un accord, ou au cas où une partie du différend n’était pas d’accord avec ses conclusions, un haut tribunal composé de sept juges choisis par les parties d’une liste préétablie devait se réunir pour décider le différend.
- Autour de Field a été créé à Bruxelles en 1873 « l’Association pour la réforme et la codification du droit des nations » qui adoptait un peu plus tard le nom « International Law Association ».
Institut de Droit International (1873)
- Au même moment s’est formé en Europe un mouvement de juristes pour la paix par le droit int’l
- Première impulsion donnée par le juriste germano-américain Franz (Francis) Lieber. En 1861, Lieber avait proposé de réunir un congrès international de juristes afin d’étudier les moyens pacifiques pour résoudre des conflits internationaux.
- En 1871 Lieber reprend sa proposition dans une lettre adressée au baron Gustave Rolin-Jaecquemyns, co-éditeur de la 1ère revue scientifique française du droit international.
- Rolin-Jaecquemyns réunit en octobre 1873 à Gand une conférence de onze juristes éminents, dont David Dudley Field, et créé l’Institut de droit international (Gent/Gand), aujourd’hui basé à Genève.
- Premier président de l’Institut : l’Italien Pasquale Stanislao Mancini, succédé de 1875 à 1877 par le juriste d’origine suisse mais enseignant à Heidelberg, puis à Berlin, Johann Caspar Bluntschli.
- Premier Leitmotiv : « Justitia et Pace ».
- L’Institut du droit international contribue, avant PGM, notamment à :
- Recherche, à la précision des principes et à la différenciation du droit international (ex. droit d’extradition, droit maritime, protection des câbles sous-marins et de la télégraphie, droit privé, droit de la guerre).
- À l’amélioration de la formation des juristes internationaux.
- À la diffusion des connaissances et l’intériorisation des normes int’les par les juristes.
- Il focalise le mouvement pacifiste sur l’idée et la pratique de l’arbitrage et y participe activement (conseil et participation de ses membres).
- Sa revue « Annuaire du droit international » est jusqu’à nos jours la référence la plus souvent citée du droit international.
- Prix Nobel de la paix 1904 (Voir Martti Koskenniemi, The Gentle Civilizer of Nations: The Rise and Fall of International Law, Cambridge).
La parlementarisation du mouvement pacifiste
- Suite à la guerre franco-allemande la difficulté des pacifistes était de surmonter les clivages idéologiques et nationales pour former un Comité international.
- Circulation des idées:
- Sous l’influence des juristes, tous les groupes pacifistes se ralliaient derrière l’arbitrage comme solution la plus propice à contribuer à la pacification du monde. Sous l’impulsion de l’anglais Hodgson Pratt, fondateur de la « International Arbitration and Peace Association of Great Britain and Ireland », des associations pour l’arbitrage similaires ont été fondé à Paris, et dans les pays scandinaves (Suède, Norvège, Danemark (Fréderic Bajer)).
- Le pacifiste allemand Edward Loewenthal publie en 1874 un article en faveur d’une union interparlementaire universelle pour la paix, et le délégué autrichien Louis Fischoff (Vienne) propose en 1875 une conférence internationale annuelle des députés: premières propositions en faveur d’une parlementarisation du mouvement pacifiste.
- Unification du mouvement pacifiste sous l’impulsion de deux hommes parlementaires, William Randall Cremer (R.-U.), et Frédéric Passy (F), après qu’ils subissaient des défaites individuelles.
- Fondation de la Conférence interparlementaire pour l’arbitrage (1889) qui devient l’Union interparlementaire (1898).
- Fondateurs: Frédéric Passy William Randal Cremer.
- Fonctions:
- Réunir des élites parlementaires pour exercer de l’influence pacifique directement sur les partis politiques, les gouvernements.
- Promouvoir la «parlementarisation», le contrôle parlementaire, de la politique étrangère.
William Randal Cremer
- Plusieurs branches nationales de la LIPL voyaient le jour.
- La plus notable : Workmen’s Peace Committee fondé en 1870 par le syndicaliste anglais Randal Cremer.
- Renommé International Arbitration League en 1875, elle jouera un rôle capital dans le mouvement pacifiste vers la fin du siècle.
- influence F. Passy.
- Syndicaliste et abolitionniste anglais William Randal Cremer :
- Intégra le mouvement pour l’arbitrage comme leader des travailleurs.
- Transposait ses expériences comme syndicaliste sur le domaine des relations internationales.
- Il croyait qu’on ne pouvait pas arriver au progrès par la querelle ou par la guerre, mais que par la négociation et par l’arbitrage des neutres, selon la pratique établie entre travailleurs et employeurs en Grande-Bretagne.
- Son influence fut accrue par :
- Son élection au House of Commons en 1885.
- Son amitié avec l’industrialiste américain Andrew Carnegie.
- Député, il s’est dépêché à faire adopter une résolution en faveur de la conclusion d’un traité d’arbitrage général entre Angleterre et les Etats-Unis. Malgré le soutien de Carnegie, il n’a pas réussi à convaincre le Président américain Cleveland lors d’une visite en 1887.
Frédéric Passy
Il a été élu député de l’Assemblé nationale française en 1881 où il restait actif jusqu’à 1889.
- En 1887 il soumet un traité d’arbitrage-modèle à l’Assemblée nationale.
- Suite au rejet du projet par l’Assemblée, Passy accueille Cremer à Paris pour discuter l’union de leurs efforts pour le progrès de l’arbitrage. Par la suite le mouvement pacifiste se structurait autour d’un noyau franco-britannique.
Ensemble, ils réunissent vingt-cinq députés de leurs pays à Paris en 1888. Sous la direction de Passy et Cremer, ce group organise la Première Conférence interparlementaire en juin 1889 à Paris à laquelle participent 96 délégués (55 députés français, 30 anglais, 5 italiens, et un chacun envoyé par la Belgique, le Danemark, les Etats-Unis, l’Espagne, la Hongrie et de Liberia, respectivement. L’exclusion des députés allemands témoigne du problème de l’antagonisme franco-allemand. Branche allem. fondée par Max Hirsch en 1891, DFG.).
- Conférence se prononce pour traités permanents d’arbitrage entre leurs pays et de l’inclusion d’une clause d’arbitrage dans tous les traités commerciaux.
- Exige que la politique étrangère soit soumise au contrôle parlementaire.
- Décide de tenir des réunions régulièrement sous le nom de la Conférence interparlementaire pour l’arbitrage international.
Conférence
Conférence interparlementaire s’est institutionnalisée en 1892 avec la création d’un bureau permanent à Berne, nom depuis 1904: Union interparlementaire.
- UIP organise 18 conférences avant la Première guerre mondiale, dont toutes en Europe sauf la conférence de 1904 qui avait lieu à St. Louis aux USA.
- Président: Passy pendant dix ans, secrétaire: Conseiller national Alfred Gobat (CH).
- Siège: Berne, puis déménagement à Bruxelles en 1899, puis Genève (1924).
- Publie le périodique mensuel « La Conférence interparlementaire » (1893ss.) ainsi qu’un Annuaire pour informer les députés des affaires politiques des autres pays.
- En 1914 vingt-quatre sections nationales, y compris une section allemande, y étaient affiliées.
- Financement d’abord par le gouvernement norvégien, puis à partir de 1909 par le gouvernement britannique et ensuite par la plupart d’autres gouvernements soutenant l’idée de l’Union interparlementaire.
- Fondée comme une association internationale privée des députés, elle finissait donc par devenir une organisation soutenue par les gouvernements.
- L’activité de l’UIP avant 1914 marquée par l’absence d’espoirs utopistes, concentration des efforts sur la promotion de l’arbitrage ainsi que d’autres moyens pratiques pour la résolution pacifique des différends interétatiques.
- Méthode innovatrice: réunion des élites parlementaires dans un cadre transnational pour qu’ils forment une opinion et exercent des pressions sur leurs gouvernements et sur les partis politiques dont ils font partie. Influence au plus fort dans les pays où le parlement contrôlait le gouvernement (GB, F, CH, Belgique, Pays-Bas, Danmark).
- Succès avant la guerre:
- Rapprochement atmosphérique des députés, mais nombre réduit.
- Les deux conférences intergouvernementales de La Haye en 1899 et en 1906 que l’UIP a inspirées, et qui ont adopté un traité pour la résolution pacifique des différends et créé la Cour permanente d’arbitrage international.
- Motivé par l’objectif de favoriser la compréhension mutuelle des nations moyennant la réunion des députés, l’Union interparlementaire continue à exister jusqu’à nos jours.
Le Bureau international de la paix
- Créé parallèlement à l’UIP: BIP 1889 : premier « Congrès universel de la paix »
- Quelques jours après la première conférence interparlementaire sur le même lieu (Paris), organisé et présidé par Frédéric Passy (comme la Conférence interparlementaire).
- Congrès a créé une commission d’étude pour donner à la coopération des sociétés nationales de la paix une base plus solide. Y participe le député danois Frederik Bajer.
Deuxième Congrès universel de la paix à Londres (1890)
- Frederik Bajer propose fondation d’un Bureau international de la paix comme association privée organisée selon le modèle de l’Union postale universelle (avec participation financière des associations nationales).
Troisième Congrès universelle de la paix à Rome en 1891
- Bureau international de la paix créé, siège à Berne.
- Bajer élu premier Président, le Genevois Elie Ducommun devient secrétaire à titre honorifique.
Fonctionnement du BIP
- Le BIP sert de secrétariat de l’association internationale des mouvements pacifistes (nationaux), il :
- Organise l’échange des informations entre associations nationales.
- Ouvre des bureaux de liaison (Chicago 1893, Paris 1895).
- Coordonne les Congrès et conférences des associations nationales.
- Sert comme outil de propagande pacifiste moyennant des publications, la presse et ses associations nationales pour peser sur l’opinion public. BIP était donc le deuxième bras du mouvement pour la paix.
- En plus des Bulletins (sur les congrès), à partir de 1912, le BIP publia, en trois langues, la revue « Le mouvement pacifiste » qui remplaçait la « Correspondance bi-mensuelle » et, moins régulièrement, « L’annuaire pacifiste ».
- Principes et objectifs: arbitrage obligatoire pour tous les états sous une cour internationale de justice; rejet du ius ad bellum, sauf en cas d’auto-défense, création d’une organisation internationale.
- Financement: dons du gouvernement danois, par le gouvernement suisse et celui de Norvège, des dons des Loges de la franc-maçonnerie, et des diverses sociétés des femmes. A partir de 1911, soutien par la fondation Carnegie (USA).
Inspiratrice du BIP
Bertha von Suttner (1843-1914)
- Pacifiste , publiciste, prix Nobel de la paix en 1905.
- Auteure du roman Bas les armes (1889, Die Waffen nieder!) – un succès mondial.
- Le livre était déjà connu lors du premier Congrès universel de la paix et lors de la conférence interparlementaire de 1889.
- Co-fondatrice, Vice-présidente et membre active et réputée du BIP.
- Biographie par Brigitte Hamann, traduite en français.
- Bas les armes (1889): Le pouvoir du livre réside moins dans sa qualité littéraire que dans son attaque morale et intellectuelle contre la guerre et la course aux armements. Von Suttner y discute :
- la brutalité de la guerre moderne et les conséquences sociales pour des familles (orphelins, appauvrissement, famines),
- les conséquences économiques et psychologiques de la course aux armements,
- elle anticipe la guerre totale comme machine d’élimination,
- elle soulève le problème du service militaire obligatoire,
- et l’ambiguïté de l’organisation de masse du secours aux blessés.
- Présentant une attaque contre les notions de la noblesse et de l’héroïsme de la guerre, le livre réunit deux arguments contre la guerre :
- L’homme est devenu trop civilisé pour continuer la pratique de la guerre ;
- Le progrès technologique rend la guerre future profondément différente des guerres du passé.
- En 1891 von Suttner contribue, par un article dans le journal viennois Neue Freie Presse, à la fondation d’une Association de la paix à Vienne.
- En 1891, elle lance, avec Alfred Fried, pacifiste autrichien vivant à Berlin, un périodique nommé après le roman de von Suttner.
- Le deuxième grand succès lié avec le nom de Bertha von Suttner était l’association d’Alfred Nobel, norvégien, industrialiste et inventeur des matières explosives (notamment le dynamite), au mouvement pour la paix.
- Nobel devenu fortuné, vivait une vie de cosmopolite.
- Ayant lu le roman de von Suttner, il prenait contacte avec elle, et après quelques échanges, elle lui demandait son soutien financier pour le mouvement pacifiste.
- A partir de 1892 Nobel participait régulièrement, avec von Suttner, aux Congrès universels de la paix.
- Nobel commençait à s’engager pour les idées de l’arbitrage et du désarmement et a été un des premiers à parler d’un pacte des nations où chaque gouvernement s’oblige à défendre de façon collective un pays qui se trouve attaqué, il anticipe donc le concept de la sécurité collective.
- Inspiré par von Suttner, en janvier 1893, Nobel prévoit l’établissement d’une fondation pour décerner un prix à la personne qui a travaillé le plus pour la paix, le désarmement et la fraternité des nations (en Europe d’abord).
- En 1895, il a changé son testament à cet effet, et suite à sa mort, à partir de 1901, le prix Nobel pour la paix a été décerné chaque année à côté des prix pour des grands exploits en chimie, physique, médicine et la littérature (puis l’économie), sans limitation géographique.
Alfred Fried
- Prix Nobel de la Paix (1911).
- Autrichien vivant à Berlin.
- Fondateur avec Bertha von Suttner de la Deutsche Friedensgesellschaft (1892).
- Le publiciste le plus prolifique de la paix.
- Éditeur du périodique Bas les armes, ensuite du périodique Die Friedens-Warte (= gardien de la paix).
- Manuel du pacifisme (1905).
- Annuaire de la vie internationale (1911ss.).
D’autres figures clés
- Elie Ducommun – Suisse, d’origine genevoise, premier secrétaire du BIP.
- Alfred Gobat – Suisse, secrétaire de l’UIP, puis du BIP (après Ducommun).
- Tobias Asser – juriste néerlandais, co-fondateur de l’Institut de droit international en 1873, a obtenu le prix Nobel en 1911 pour son engagement en faveur de l’établissement de la Cour internationale d’arbitrage à la Haye.
- Elihu Root – Américain, ministre d’affaires étrangères sous T. Roosevelt, il a réussi à établir une Cour permanente d’arbitrage pour l’Amérique centrale, s’est investi pour l’arbitrage obligatoire lors de la conférence de La Haye en 1907, et devenait membre de la Cour permanente d’arbitrage de la Haye, co-fondateur de la Société américaine pour le droit international ainsi que directeur de la Fondation Carnegie pour la paix internationale en 1910, prix Nobel en 1912.
- Henri La Fontaine, Belge – publiciste, chercheur et activiste du mouvement de la paix, sénateur belge, Président du BIP à partir de 1907, fondateur d’une Bibliothèque de la paix en 1895, rédacteur de l’œuvre : La grande solution, 1916 : propose l’établissement d’une organisation internationale pour la paix par le droit international.
Organisation des femmes pacifistes
Frances E. Willard (1839-1898)
Deuxième présidente de la Woman’s Christian Temperance Union fondée en 1873, (1879 - 1898 ) : mouvement féminin né d’un engagement pour la réforme sociale, puis il se transforme en un mouvement pour les droits des femmes. Temperance Movement contre l’alcool.
International Council of Women (1888)
Son emblème témoigne de l’internationalisation du movement féminin.
International Women Suffrage Alliance (1902)
Aujourd’hui: International Alliance of Women, témoigne de la politisation (lutte pour les droits) du mouvement féminin.
Clara Zetkin (1857-1933)
Figure du mouvement des femmes socialistes : Fondatrice de « l’Internationale socialiste des Femmes » (1907): aujourd’hui 175 organisations membres.
Pendant la PGM
Voit le jour la « Women’s League for Peace and Freedom », association bourgeoise réunissant femmes des pays neutres et des pays en guerre. Adopte des résolutions concernant le ius in bello et concernant une paix juste et sans annexions.
Conclusion : Effets du mouvement pacifiste dans le monde politique international
- Idées de l’arbitrage, du désarmement et d’une organisation internationale (PGM) pour la paix deviennent des sujets de la politique internationale.
- Multiplication des traités d’arbitrage avant 1914 (ca. 200), insertion d’une clause d’arbitrage dans la plupart des traités commerciaux et des traités régissant les bureaux internationaux techniques.
- Conférences dites de la paix à La Haye, 1899, 1907 : prise de conscience, apaisement.
- Convention pour la résolution pacifique des différends.
- Cour permanente d’arbitrage internationale.
- Résolution contre de nouvelles technologies de guerre.
- Désarmement discuté, mais écarté.
- Mouvement pacifiste trouve écho, mais mentalités guerrières persistent.
- Q : Pacifisme utopique ou plutôt « réaliste » (pragmatique) avant la PGM ?