Alliances
Introduction
- Comment prévenir et punir les actes d’agression au niveau international en l’absence de gouvernement mondial? → alliances → organisations de sécurité collective
- Grande littérature en relations internationales sur les alliances (pour un résumé voir Rynning and Schmitt 2018).
- Actualité du sujet car recomposition géopolitique et retour de la guerre.
Définition
- Institutions qui aident leurs membres à coopérer militairement dans l’éventualité d’une guerre (Frieden et al., p. 189).
- Comme toutes les institutions, les alliances spécifient des normes de comportement, ou des attentes quant à la manière dont les États doivent se comporter dans certaines conditions. → Types de provisions: défense, attaque, neutralité, non-aggression, consultation.
- Alliances défensives VS alliances offensives:
- Alliance offensive: accord entre Etats dans le but d’attaquer un autre Etat, ex: Pacte germano-soviétque (1939).
- Alliance défensive: les Etats s’engagent à défendre si un membre est attaqué, ex: OTAN.
- Les alliances codifient également les accords entre leurs membres qui règlent les questions de répartition: alliances symétriques VS asymétriques.
Exemples
- Organisation du Traité de Sécurité Collective (2002): Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Russie et Tajikistan.
- Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union africaine (UA), première alliance militaire panafricaine, en janvier 2005.
Les alliances militaires: Comment les expliquer?
- Premier postulat: Partage d’intérêts communs.
- Deux principales explications pour la formation d’alliances militaires:
- balancing: des Etats se mettent ensemble pour augmenter leurs capacités militaires pour préserver l’équilibre de puissance (balance of power) et pour contrer une menace.
- bandwagoning (suivre le mouvement): stratégie dans laquelle les Etats se mettent avec le côté le plus fort (Frieden et al., p. 193).
- Possibilité de choisir plusieurs partenaires pour faire contrepoids à l’Etat/groupe le plus fort: rôle de la compatibilité idéologique/religieuse.
- Les Etats forts ne provoquent pas tous les mêmes processus d’équilibrage: rôle de la proximité géographique et de la similarité culturelle/idéologique, ex: Etats-Unis depuis la fin de la Guerre Froide VS Russie d’aujourd’hui qui est perçue comme une menace par pays baltes/de l’Est par exemple.
Les alliances militaires et le modèle de négociation de Frieden et al.
- La possibilité d’intervention par un allié influence la négociation entre deux Etats en changeant: 1) le résultat en cas de guerre (war outcome) et 2) les coûts de la guerre.
- La fourchette de négociations se déplace en faveur de A donc dissuasion de commencer une guerre.
- Mais comment être sûr que l’allié va intervenir en cas de guerre? → les alliances jouent un rôle dans les négociations en influençant sur l’incertitude. Ce sont des signaux pour les autres Etats.
Les alliances militaires et le besoin de crédibilité
Comment assurer la crédibilité de l’alliance i.e. qu’un Etat va se battre pour un autre?
- Augmentation des bénéfices et diminution des coûts de la guerre en améliorant les capacités militaires des membres.
- Augmentation des coûts d’abandon car engagements publics, communication (environ 70% des engagements respectés).
Le dilemme de sécurité des alliances militaires
Quels sont les risques associés à une alliance?
- Renforcement des alliés et donc risque de comportement opportuniste (risk-return trade-off).
- Entrapment (être pris au piège): « risque d’être traîné dans une guerre non voulue à cause d’actions opportunistes d’un allié » (Frieden et al., p. 199).
- Une garantie à 100% n’est pas désirable, parce que Etat C ne veut pas se lier à n’importe quelle action extrême d’Etat A →besoin d’ambiguité stratégique et de flexibilité. → trade-off entre le besoin de crédibilité des alliances et le besoin de contrôler les membres de l’alliance (i.e. dilemme de sécurité des alliances).
L’OTAN: dates clés
- 1949: création de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) par 12 pays.
- 1966: la France se retire du commandement intégré de l’OTAN (revient en 2009).
- 1991: dissolution de l’URSS et du Pacte de Varsovie.
- 1994: première intervention des Américains dans la guerre entre la Bosnie et la Serbie.
- 1994: Partenariat pour la paix.
- 1997: rapprochement avec la Russie.
- 1999: bombardements aériens sur la Serbie sans mandat de l’ONU, force KFOR.
- 2001: intervention en Afghanistan avec l’aval de l’ONU.
- 2002: création du conseil OTAN-Russie.
De la mort cérébrale à la guerre en Ukraine
- 2003: OTAN prend le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (première mission en dehors de la zone euro-atlantique).
- 2011: guerre en Libye sous l’égide de l’ONU et dirigée par l’OTAN.
- 2014: suite invasion Crimée par la Russie, les membres s’engagent à porter à 2% de leur PIB leurs dépenses de défense d’ici 2024.
- 2017-2021: Administration Trump, menaces de se retirer de l’OTAN, organisation obsolète.
- 2019: déclaration d’Emmanuel Macron: OTAN en état de mort cérébrale.
- 2022: début de la guerre en Ukraine.
- 2022: nouveau concept stratégique: Russie comme menace la plus importante pour la sécurité des alliés.
- 2024: 75ème anniversaire.
Opérations militaires
Élargissement
Budget et fonctionnement
- Contributions directes (budget pour fonctionnement, environ 4,6 milliards d’euros: Budget civil (484 millions), militaire (2.37 milliards) et le programme d’investissement au service de la sécurité (1.7 milliards).
- Clé de répartition fondée sur le revenu brut, top 10 contributeurs: USA, Allemagne, UK, France, Italie, Canada, Espagne, Turquie, Pays-Bas, Pologne.
- Contributions indirectes (forces et capacités nationales mises à disposition de l’OTAN).
- Règle des 2% du PIB pour la défense depuis 2006.
- Règle des 20% des budgets de défense pour l’acquisition d’équipements majeurs depuis 2014.
Activités
Sécurité collective (article 5): invoquée la première et unique fois suite aux attentats du 11 septembre 2001: Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. Toute attaque armée de cette nature et toute mesure prise en conséquence seront immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité. Ces mesures prendront fin quand le Conseil de sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales..
Activités principales
- Dissuasion et défense: capacités militaires pour dissuasion crédible et posture de défense, test des capacités et entraînement, favoriser l’interopérabilité.
- Prévention et gestion des crises : exercices, sécurité humaine.
- Sécurité coopérative.
L’OTAN et le premier mandat de Donald Trump
- Rhétorique agressive pendant la campagne et pendant le mandat mais continuité dans le soutien logistique et matériel à l’alliance
- Comment expliquer cette différence entre les paroles et les actes?
- importance des acteurs domestiques dans le soutien à l’OTAN (foreign policy establishment) (Porter 2018).
- Comportement rationnel en lien avec les bénéfices pour les Etats-Unis, forte institutionnalisation de l’OTAN (Sperling and Webber 2019).
- Personnalité/psychologie de Trump.
- Rôle du Secrétaire-General de l’OTAN et de la bureaucratie (Schuette 2021).
- A quoi s’attendre pour le second mandat? → pour l’instant tout ce que Trump fait est de diminuer la crédibilité de l’alliance.
L’OTAN et la guerre en Ukraine
Point de vue réaliste (Mearsheimer)
- The United States and its European allies share most of the responsibility for the crisis. The taproot of the trouble is NATO enlargement, the central element of a larger strategy to move Ukraine out of Russia’s orbit and integrate it into the West.(p.1).
- The West’s triple package of policies—NATO enlargement, EU expansion, and democracy promotion—added fuel to a fire waiting to ignite.(p.4).
- No Russian leader would tolerate a military alliance that was Moscow’s mortal enemy until recently moving into Ukraine.(p.5).
- Washington may not like Moscow’s position, but it should understand the logic behind it. This is Geopolitics 101: great powers are always sensitive to potential threats near their home territory.(p.5-6).
- In essence, the two sides have been operating with different playbooks: Putin and his compatriots have been thinking and acting according to realist dictates, whereas their Western counterparts have been adhering to liberal ideas about international politics. The result is that the United States and its allies unknowingly provoked a major crisis over Ukraine. (p.8).
Déroulement
- Ukraine n’est pas membre de l’OTAN mais est un pays partenaire (depuis 1997)
- Sommet OTAN Bucarest 2008: décision que l’Ukraine (et la Georgie) pourraient devenir membre de l’OTAN mais refus (France et Allemagne) pour aujourd’hui- processus en deux étapes, besoin de soumettre un plan d’action.
- Intensification de la coopération suite à l’invasion de 2014 → mise en place du Comprehensive Assistance Package (2016).
- Mars 2022: l’agression de l’Ukraine par la Russie constitue la plus grande menace pour la sécurité euro-atlantique.
- Activation du plan de défense de l’OTAN: déploiement de 40 000 soldats sur le flan est.
- 28 avril 2022: Déclaration du Secrétaire-Général Jens Soltenberg: L’OTAN est ses alliés se préparent à fournir un soutien sur une longue période et à aider l’Ukraine à passer des vieux équipements de l’ère soviétique à des armes et des systèmes modernes.
- Sommet OTAN Madrid 2022: nouveau concept stratégique.
- Sommet OTAN Vilnius 2023: Création du conseil OTAN-Ukraine + facilitation adhésion Ukraine + décision de consacrer au minimum 2% du PIB à la défense + décision de consacrer au moins 20% de leur budget de défense sur l’équipement Nous soutenons pleinement l’Ukraine dans son droit de choisir ses propres arrangements de sécurité. L’avenir de l’Ukraine est dans l’OTAN. Nous réaffirmons l’engagement que nous avons pris en 2008 au sommet de Bucarest, à savoir que l’Ukraine deviendrait membre de l’OTAN, et aujourd’hui, nous reconnaissons que le pays a déjà suffisamment avancé sur la voie de l’intégration euro-atlantique pleine et entière pour qu’un plan d’action pour l’adhésion ne soit plus une nécessité. (Communiqué du Sommet de Vilnius).
- Sommet OTAN Washington 2024: confirmation que l’avenir de l’Ukraine est dans l’OTAN.
Contribution
- Les membres de l’OTAN fournissent 99% de l’aide à l’Ukraine.
- 2 types d’aide:
- Assistance militaire non léthale.
- Projets de renforcement des capacités (environ 955 millions d’euros jusqu’en février 2025).
Rôle dans le conflit
- L’OTAN semble être la raison principale de la guerre (voir slides précédents) mais joue un rôle modeste dans le conflit (négociations, aide etc).
- Doute au sein de l’alliance sur la garantie de sécurité collective de la part des Etats-Unis → renforcement de l’autonomie de défense de l’UE mais dépendance aux Etats-Unis demeure et demeurera pour encore plusieurs années car:
- Dépendance au sentier/héritage.
- Industrie de défense européenne.
Conclusion
- Le succès ou l’échec d’une alliance dépend: 1) de la force des intérêts entre les membres, 2) de l’abilité de l’alliance à changer les préférences de ses membres de façon à que le combat soit préférable à l’abandon en cas de guerre, 3) l’efficacité de l’alliance à convaincre ses adversaires et 4) la capacité des partenaires à limiter le risque de piège (Frieden et al., p. 199).
- Importance des alliances dans les relations internationales: alliances traditionnelles (type OTAN) VS alliances plus fluides émergentes (type BRICS +, OPEP+).
- Différence entre alliances et organisations de sécurité collective → cf. cours du jeudi 14.03.24.