Récapitulation

Exemples contemporaines d’analyses (néo)réaliste

Comme expliqué dans la Séance 2-Théories des RI.

Transformation de l’ordre Westphalien

The assertion that the contemporary system represents a basic transformation because sovereignty seems so much at risk is not well- founded: it ignores the fact that violations of the principles of territoriality and autonomy have been an enduring characteristic of the international system both before and after the Peace of Westphalia…. … In practice the strong have been better able to maintain their territorial integrity and autonomy than the weak. The United States, a powerful state almost from its inception, has closely conformed with the Westphalian model… … In contrast, weaker states have been more subject to external imposition and coercion and have been more likely to enter into contractual arrangements that violate their autonomy but not that of the other parties…

On peut relire ici les idées de Thucydides en faite. Les puissants forcent les faibles à accepter leur contraintes.

Influence des institutions internationales?

Realists… recognise that states sometimes operate through institutions. However, they believe that those rules reflect state calculations of self-interest based primarily on the international distribution of power. The most powerful states in the system create and shape institutions so that they can maintain their share of world power, or even increase it. In this view, institutions are essentially ‘arenas for acting out power relationships.’ institutions largely mirror the distribution of power in the system.

  • Rivalité perpétuelle entre les Etats,poursuite d’intérêts égoïstes, gains relatifs -zero sum games.
  • Institutions internationales comme instruments des Etats (puissants) (John Mearsheimer, The False Promise of International Institutions, in International Security, 19(3), 1994/5).

Exemples:

  • USA: Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale), GATT/OMC, OTAN… Russie: Union Soviétique, Pacte de Varsovie, Eurasian Economic Union, BRICS… Chine: Belt & Road Initiative, BRICS, Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures BAII/AIIB, Shanghai Cooperation Council,…
  • Ces associations sont des fois des projets hégémoniques comme l’URSS, ou des associations à but informel (mais qui après répercutent sur les accords officiels dans les autres organisations comme c’est le cas des accords informels décidés dans les BRICS ou le G7). En général pour les réalistes c’est des projets soutenus pour les états dans la mesure ou ils leur rapportent des bénéfices, mais toujours au détriment d’autres pays (des fois moins développés).

Explication de l’aggression Russe contre l’Ukraine

Très grande mise en évidence de la théorie réaliste. Waltz disait déjà que si l’OTAN s’élargissait vers l’est il y aurait un conflict avec la Russie.

On voit dans l’image comment un auteur américain se fait instrumentaliser par le ministère des affaires étrangères russe.

Justification de la guerre d’Irak?

La guerre d’Irak 2003 et l’argumentation de l’Administration George W. Bush: Iraq continues to flaunt its hostility toward America and to support terror. The Iraqi regime has plotted to develop anthrax, and nerve gas, and nuclear weapons for over a decade. This is a regime that has already used poison gas to murder thousands of its citizens… This is a regime that has something to hide from the civilised world. States like these, and their terrorist allies, constitute an axis of evil, arming to threaten the peace of the world.

Justifications:

  • Iraq est méchant et dangereux.
  • Intérêt normatif contraire aux pensées des réalistes. Un intérêt moral de démocratiser la région.
Annonce dans le New York Times du 26.9.2002

…war is sometimes necessary to ensure our national security or other vital interests…But military force should be used only when it advances U.S. national interests. War with Iraq does not meet this standard.

  • … no …evidence that Iraq is cooperating with al Qaeda.
  • … nuclear weapons… not without U.S. or Israeli retaliation.
  • .. it …could spread instability in the Middle East.
  • Significant costs on …invading forces and neighboring states.
  • No plausible exit strategy.
  • Increasing anti-Americanism around the globe.
  • The United States should maintain vigilant containment of Iraq—using its own assets and the resources of the United Nations—and be prepared to invade Iraq if it threatens to attack America or its allies. That is not the case today. We should concentrate instead on defeating al Qaeda.

Il faut savoir identifier l’intérêt national, le réalisme ne cherche pas la guerre comme seule solution.

Transitions du pouvoir

Déstabilisation de l’ordre international dû aux changements dans la distribution internationale du pouvoirrenforcement des rivalités entre Etats.

  • Les (ex) grandes puissances cherchent à maintenir et maximiser leurs sphères d’influences.
  • Augmentation du dilemme de sécurité, méfiance, sentiment de menace et donc armement, recours au protectionnisme, nationalisme, concurrence sur les ressourcesrisque de conflits violents augmente.
  • Absence d’Etat dominant (hégémon) signifie absence de soutien pour les normes & organisations internationales.

Take aways du réalisme

  1. Faux.
  2. Vrai.
  3. Faux.

Points forts vs faibles

  • Non-normatif, longue tradition intellectuelle.
  • Prétentieux, réductionniste, pas de bonne foi, pas d’individualisme, trop axé sur le pouvoir.

Libéralisme

Contexte historique

  • Initiatives idéalistes de l’entre-guerres pour le maintien de la paix et la réforme de l’ordre international.
  • Etablissement du mainstream réaliste en RI aux Etats-Unis.
  • Libéralisme au début un courant théorique plutôt Européen.

Critique libérale du (néo)réalisme

  • Vision positive de l’être humain: la raison, partage de valeurs universelles: droit humains, démocratie, prospérité, paix (Réalisme: vision négative, refus de valeurs/morale universelle).
  • Primauté de l’individu: le rôle de l’État vise à garantir l’épanouissement de la sociétélibertés individuelles, démocratie (Réalisme: Primauté de l’État, survival, self-help).
  • Importance des politiques intérieures au-delà des chefs d’État: multiplicité d’acteurs publics et privés (Réalisme: statism et États unitaires, focale sur les grandes puissances).
  • Reconnaissance de l’interdépendance et des gains de la coopération à travers les institutions internationales (Réalisme: bargaining et zero-sum games dans les interactions internationales).
  • Vision du progrès humain, évolution, modernisation (Réalisme: vision cyclique du monde).

Principales approches libérales en RI

  • Internationalisme libéral (international liberalism)
    • Libéralisme républicain
    • Libéralisme commercial
  • Fonctionnalisme et néo-fonctionnalisme (Années 40, 60+, néo-fonctionnaliste central dans l’analyse de l’intégration Européenne).
  • Institutionnalisme (néo-)libéral (Années 70/80+, aussi: Neolibéralisme).
  • Libéralisme sociologique (Années ‘90+, aussi: Constructivisme social, prochaine séance).

Précurseurs

Tradition: Philosophie des Lumières (J.Locke, I.Kant, H.Grotius, A.Smith…) Vision positive de l‘ être humain

  • Harmonie des intérêts / vision égalitaire du monde : rationalité, poursuite de la paix et prospérité.
  • Etat de nature: liberté, égalité, raison, tolérance.
  • Contrat social: limitation & division du pouvoir.
  • Confiance en l’évolution et le progrès social Vision pluraliste et démocratique de l‘Etat, contrat social nécessaire pour limiter le pouvoir des dirigeants (checks&balances, constitutionnalisme).
  • Nature pacifique des démocraties (Kant: thèse du democratic peace) Développement d’une société internationale basée sur des valeurs, les échanges (aussi commerciaux), les intérêts partagés et le transfert d’autorité aux institutions internationales.

Notions essentielles de l’internationalisme libéral (Libéralisme républicain)

  • Vision de l’organisation coopérative du système mondial comme troisième voie entre anarchie et hiérarchie (impérialisme/hégémonie).
  • L’établissement d’un ordre international, comme de l’État lui-même, sert avant tout à sauvegarder les intérêts des individus et sociétésle liberal international order (LIO) comme garant de la démocratie libérale (voir G. John Ikenberry, Andrew Moravcsik, John Owen…).
    • En faite les démocraties ont probablement soutenu le LIO et signé la charte des nations unies pour se protéger contre un eventuel retour faciste.
    • Dans ces OIs les civils peuvent porter plainte contre leur gouvernement entre autres choses.
  • La modernisation accroît l’interdépendance économique, sécuritaire, sociale, environnementale et ainsi l’intérêt de la coopération.
    • Donc (argument fonctionnaliste) il y a un besoin d’OIs.
  • Les démocraties libérales sont plus prônes à la coopération que les non démocraties (confiance, perception de légitimité).
    • Les démocraties se méfient des autocraties et reflètent les intérêts de leur peuple, en plus de les partager.
  • Les institutions internationales facilitent et stabilisent la coopération.

Facteurs qui ont soutenu le LIO après 1945

  • Nécessité de résoudre les problèmes de l’effondrement de l’économie mondiale de l’entre-deux-guerres: gérer les menaces mercantilistes et géopolitiques Charte de l’Atlantique/création ONU / Accords de Bretton Woods.
    • Un autre argument fonctionnel besoin de règles et OIs pour éviter une autre spirale.
  • Leadership des USA (volonté idéologique et commerciale), renforcé par les rivalités de la Guerre Froideconsensus des élites internationalistes américaines.
    • Dans la GF les USA aident les OIs pour concurrencer l’URSS.
  • Vision rel. consensuelle parmi les pays occidentaux du rôle de l’État dans l’économie: Keynésianisme, New Deal, embedded liberalism (J.G. Ruggie) / pacte social.
    • Cette ouverture n’est pas totalement libérale, certaines personnes souffrent des dommages et donc on essaie de
    • On fait l’état providence et on essaie (après consensus) d’aider les endommagés.
  • Interdépendance en matière de sécurité et économie des pays occidentaux des USA. le multilatéralisme, le libéralisme et le progrès social semblaient aller de paire. Le multilatéralisme libéral avait un attrait idéologique, moral, même.

Institutionnalisme (néo)libéral

Contexte historique

Années 1970/80: affaiblissement de l’hégémonie américaine, mais résilience du LIO et multiplication des acteurs des r.i.:

  • Difficulté de la théorie réaliste à expliquer le maintien de la LIO.
    • Bretton Woods, le GATT, etc; se mantiennent (avec quelque reformes) même après ce déclin du dolar.
  • Volonté de formuler une théorie rationaliste, plus scientifique et moins normative de la coopération internationale qui saurait éventuellement invalider le réalisme.

Le réalisme ne peut pas expliquer la coopération internationale en absence d’hégémonie. Et en plus les USA n’ont pas eu recours au protectionnisme, le réalisme ne peut pas l’expliquer.

Critique néolibérale et institutionnaliste du réalisme

  • Interdépendance entre états et sociétés.
  • Pluralisme d’acteurs même à l’intérieur des états.
  • Relations transnationales.
  • Importances des OIs et régimes internationaux.

Analyse des institutions internationales

…This research program …. assumes … rationality on the part of the actors. It begins with the premise that if there were no potential gains from agreements to be captured in world politics …. there would be no need for specific international institutions. … Conversely, if cooperation were easy … there would be no need for institutions to facilitate cooperation. … It is the combination of the potential value of agreements and the difficulty of making them that renders international regimes significant. In order to cooperate in world politics on more than a sporadic basis, human beings have to use institutions. … Even in the absence of hierarchical authority, institutions provide information (through monitoring) and stabilize expectations. They may also make decentralized enforcement feasible, for example by creating conditions under which reciprocity can operate…

  • Pourquoi on fait des OIs en abscence d’hégemonie.
  • Rationalisme sans normativisme on souligne les gains de la coopération (fonctionnalisme).
Notions essentielles de l’institutionnalisme (néo)libéral

Approche moins normative qui s’inspire de la théorie des jeux et la microéconomie. On se focalise dans la coopération en acceptant l’anarchie.

Partage de la notion d’anarchie du système international mais reconnaissance que l’ interdépendance croissante pousse les États à coopérer aussi en absence d’hégémon.

La coopération est définie comme forme d’interaction qui amène un gain à au moins un parti sans nuire aux autres = reconnaissance de gains absolus de la coopération (positive sum games) et rationalité à long terme, contrairement au bargaining sur la base de gains relatifs et de zero sum games calculés à court terme chez les réalistes.

Entre acteurs rationnels la coopération ne se développe pas spontanément (= collective action problems)la création d’institutions internationales est nécessaire pour gérer les conflits.

  • Théorie rationaliste de la coopération internationale, mobilisation de la théorie des jeux.
  • Rapprochement de certaines prémisses réalistes (anarchie, focalisation sur les États).

==Rappel = second grand débat en RI: Débat néo-néo centré sur l’ontologie.==

Rôle des institutions internationales

Les institutions aident à surmonter les dilemmes d‘action collective et à stabiliser la coopération à travers:

  • Des règles et des processus décisionnels communs.
  • L’information et la transparence (visibilité de fraudes).
  • La communication et les négociations.
  • Des mécanismes de surveillance et de sanction.
  • L’augmentation des coûts de la non-conformité (Shadow of the future, réciprocité).
  • Réduisent l‘incertitude, favorisent la prévisibilité, créent un climat de confiance, baissent les coûts de transaction.
  • Terme régime international pour décrire les institutions: set of implicit or explicit principles, norms, rules and decision-making procedures around which actors‘ expectations converge in a given area of international relations.

Récapitulation: notions essentielles du libéralisme

Exemples d’analyses (néo)libérales

Transformation du système Westphalien

The nation-state is the most important actor on the stage of global politics, but it is not the only important actor…. States devise international institutions to facilitate cooperation, which they seek to achieve their own purposes…Interests within states are affected by the actions of other states and actors, and therefore a “demand for international regimes” develops. That is, governments become willing to exchange some of their own legal freedom of action to have some influence on the actions of these other actors. Whether this involves “giving up sovereignty” is a legal issue that depends on the arrangement made.

Transitions du pouvoir

  • 2011: Crise de la géopolitique: Les États partagent l’intérêt de leur sociétés pour le maintien d’un ordre international ouvert et des règles communes. Les puissances émergentes partagent cet intérêt et cherchent à s’intégrer dans l’ordre libéral international, les OI doivent s’adapter.
  • 2020: Crise de la modernité: intensification de l’interdépendance économique, sécuritaire et environnementale les enjeux de la coopération augmentent.
  • Crise de la démocratie libérale: inégalités économiques, mise en cause des compromis de classe, polarisation, montée de l’extrême droite, recul des valeurs des Lumières (fake news, populisme..).
  • Les causes pour la crise du LIO ne découlent pas des transitions de pouvoir en soi, mais des enjeux de politiques intérieures.

Influence des institutions internationales

Les États continuent à collaborer à travers les institutions internationales, mais nous observons l’émergence de deux ordres plus ou moins concurrentiels:

  • Un LIO réduit, dirigé par l’Europe (et les USA?).
  • Un “authoritarian-capitalist international order” (ACIO) dirigé par la Chine et soutenant l’autoritarisme, la primauté de l’Etat dans le développement économique, commerce, investissements et le souveraineté étatique.
    • Exemple: Banque asiatique d’investissement dans les développement économique, commerce, investissements et la infrastructures (BAII/AIIB) souveraineté étatique.

Les libéraux divergent quant à leur interprétation de la possibilité de coopération entre ces deux ordres et leurs liens institutionnels.

Explication des guerres

In our worldview, all great powers are not created equal. Although the behavior of major states is heavily influenced by balance-of-power considerations, domestic politics, beliefs, and norms matter too, and not just at the margins. World War I, World War II, and the Cold War came about not from the warp and woof of international competition, but as a result of the emergence of aggressor states-states that for reasons of ideology and domestic politics became predatory and sought power, not security.

Take aways d’aujourd’hui

  • Communication entre développements politiques et théoriques (p.e. La théorie de l’institutionnalisme libéral (néolibéralisme) a été formulée dans le contexte de la fondation de la Société des Nations - vrai/faux?).
  • Postulats principaux du libéralisme et néolibéralisme (p.e. Selon la théorie du (néo)libéralisme l’interaction entre les acteurs des relations internationales est marquée par le «bargaining»: une forme d’interaction qui mène nécessairement à des gagnants et des perdants («zero sum games») – vrai/faux?).
  • Perspectives (néo)libérales sur les questions contemporaines discutées (p.e. Du point de vue du (néo)libéralisme, les transitions de pouvoir entre les grandes puissances ne remettent pas directement en cause l’avenir de l’ordre international libéral (LIO), mais cela dépend avant tout des évolutions des politiques intérieures des États – vrai/faux?).

F,F,V

UNIGE Introduction-aux-ri