Les économies d’échelle comme déterminant du commerce: au-delà de l’avantage comparatif

Introduction

  • Idée: marché interne des petits pays n’est pas suffisant pour leur permettre de développer des économies d’échelle. Le commerce avec le reste du monde donne accès à un marché plus grand.
    • Création du marché unique européen.
    • TTIP, CETA, Comprehensive and Progressive Agreement for Trans- Pacific Partnership (CPTPP),…
  • Mais si on a par exemple des rendements d’échelle internes croissants:
    • Les grandes firmes ont un avantage sur les petites firmes et tendent à dominer le marché = > concurrence imparfaite.
    • Produits doivent être différenciés, sinon dans le long terme il y aurait simplement une firme sur le marché variété des produits, et commerce intra-industriel (plutôt qu’inter-industriel comme dans les modèles de Ricardo ou d’HO).
  • En présence d’économies d’échelle, la production d’un bien s’accroît de façon plus que proportionnelle à la quantité de facteurs employée dans ce secteur.
  • Économies d’échelle internes: lorsque le coût unitaire de production dépend de la taille de chaque entreprise mais pas nécessairement de celle du secteur. (ex: coût fixe d’une machine).
  • Économies d’échelle externes: lorsque le coût unitaire de production (c.-à-d. le coût moyen) dépend de la taille du secteur d’activité mais pas nécessairement de celle de chaque entreprise. (ex: bassin de main d’œuvre, service non-échangeable, etc.).
  • Implications différentes sur les structures de marchés.

Entreprises face à la mondialisation et rendements d’échelle internes

Une grande partie du commerce des pays de l’OCDE est intra-industriel (40% pour l’UE par exemple). Le modèle de commerce avec économies d’échelle permet d’expliquer ceci.

Evolution du poids du commerce intra-branche dans le commerce mondial

Et la part du commerce intra-industriel est d’autant plus forte que le secteur bénéficie d’économies d’échelle importantes.

Modèle de commerce en concurrence monopolistique et biens différenciés

Hypothèses:

  • Un produit, mais un grand nombre de variétés (différentiation des produits).
  • Firmes font face à des économies d’échelle interne car coûts fixes concurrence parfaite impossible concurrence imparfaite avec un nombre restreint de firmes actives sur le marché.
  • On suppose la concurrence est monopolistique: les firmes continuent à entrer dans le marché jusqu’à que les profits soient nuls.
  • Chaque firme considère les prix de ses concurrents comme donnés
  • Consommateurs aiment la variété (ou consommateurs hétérogènes et chaque consommateur a une variété préférée).

Effets

Les gains du commerce (au delà de l’avantage comparatif)

  1. Gains pro-compétitif.
  2. Gains d’économie d’échelle (ou de rationalisation ou sélection).
  3. Gains de variété des produits.

Rappels théoriques : Monopole et concurrence monopolistique

Gain du commerce en concurrence monopolistique

Relation entre le prix et le nombre de firmes?

  • Firmes symétriques (mêmes fonctions de coût et de demande) donc elles choisissent le même prix, la même quantité produite et représente une fraction 1/n de la production totale du secteur.
  • La taille du marché est donnée, donc une augmentation du nombre de firmes réduit la production de chacune et accroît ainsi son coût moyen (courbe CC).
  • Plus il y a de firmes dans le secteur, plus la concurrence est forte et incite les firmes à réduire leurs prix (Courbe PP).

Équilibre sur un marché en situation de concurrence monopolistique

Ouverture au marché

Situation initiale

Marché H en autarcie avec à l’équilibre (E’) n’ firmes (et donc n’ variétés) et un prix p’.

Ouverture au commerce

Fusion de 2 marchés identiques de n’ firmes. ⇒ Effet de la taille du marché.

Gain du commerce en concurrence monopolistique

Passage de E’ (Autarcie) à E’’(libre-échange).

Gain pro-compétitif
  • Prix baisse de p’ à p’’.
  • Gain de bien-être pour les consommateurs.
Gain d’économie d’échelle (ou de rationalisation ou sélection).
  • Moins de firmes en activité sur la totalité du marché (de 2n’ à n’’).
  • Plus de production par firme.
Gain de variétés
  • Baisse du coût moyen.
Gain de variétés.
  • Augmentation du nombre de variétés disponibles pour le consommateur de n’ à n’’.
  • Également gain pour les producteurs (plus grand nombre de variétés d’inputs disponibles augmente leur productivité).

Quiz

A. B. A.

Remarques

Hétérogénéité des firmes

Des firmes disparaissent lors de l’ouverture aux échanges. Dans ce modèle, comme toutes les firmes sont identiques, seul le hasard détermine quelles sont les gagnantes.

  • Modèle avec des firmes hétérogènes: toutes les entreprises n’ont pas la même productivité et il existe des coûts au commerce.
  • Encore une fois le libre-échange fait des gagnants et des perdants: les grandes entreprises très productives y gagnent, les plus petites voir leur part de marché se réduire et disparaissent.
  • Ce type de modèle permet également d’expliquer que moins de 10% des entreprises manufacturières françaises et américaines exportent, un % encore plus faible investissent à l’étranger.
Peu de firmes exportent leurs produits à l’étranger

Les grandes entreprises qui produisent à grande échelle avec un coût moyen bas exportent plus. Un pourcentage restreint de firmes exportatrice sont responsables de la majorité de exportations.

Et les analyses empiriques confirment la hiérarchie dans les entreprises : les multinationales sont les plus grandes et les plus productives.

Dumping

Avec l’introduction de coûts de transport dans un modèle de concurrence monopolistique, on peut expliquer un phénomène souvent observé: les firmes fixent un prix différent pour leur produit selon les marchés car ces derniers ne sont plus parfaitement intégrés.

  • L’entreprise baisse son prix pour compenser ses coûts de transports.
  • Prix net de l’exportation (net des coûts au commerce) < prix domestique.
  • Considéré comme du dumping par les entreprises locales.
  • Si considéré comme de la concurrence déloyale alors demande de compensation, souvent sous la forme d’antidumping duty.
  • La question du dumping est controversée… protectionnisme déguisé? Etude de cas KOM (2022) p. 195 encadré 8.1.
Nombre d’enquêtes antidumping ouvertes à l’OMC, par plaignant

Évidence empirique des 3 gains espérés?

  • Effet de l’intégration au sein de NAFTA entre les US, Canada et Mexique, cf. section 3 chapitre 6 dans FT (2014)…
Effet de l’intégration commerciale au sein de l’UE-15:
  • Élimination des barrières tarifaires (UD en 1968) et surtout non-tarifaires (marché unique – 1992) , puis monnaie unique…
  • Défragmentation du marché européen à partir de 1992.
  • Augmentation de la concurrence.
On retrouve les effets attendus…
Effet de l’intégration commerciale au sein de l’UE-15 (suite)
  • Augmentation de la concurrence.
Gain de variété

Mohler et Seitz (2010): gains substantiels entre 1999-2008 pour les petit pays (ex: +0.75% du PIB pour le Danemark, +2.8% pour l’Estonie), faibles pour les grands pays.

Gain pro-compétitif

Allen et al. (1999): la mise en place du marché unique a réduit les prix d’environ 4% en moyenne.

Gain d’économie d’échelle ou de rationalisation
  • Augmentation de la concurrence.
  • Pression sur les profits.
Restructuration économique
  • = moins de firmes, chacune de taille plus importante et en théorie plus efficiente.
  • Politique européenne de surveillance de la concurrence.

Baisse en 2001 (baisse du commerce):

  • Bulle internet USA.
  • Attentats.
Gain d’économie d’échelle ou de rationalisation (suite)
  • Evolution du nombre de banques dans la Zone Euro.
  • Essentiellement due à des opérations de fusions-acquisitions dans la zone euro dont 77% ont eu lieu a l’intérieur d’un même pays (surtout pour les plus grands pays).

Rendements d’échelle externes, spécialisation et commerce international

Selon Marshall, 3 raisons principales pour expliquer les concentrations d’entreprises (i.e. 3 types d’externalités).

  1. Proximité avec un grand nombre de fournisseurs spécialisés / biens intermédiaires non-échangeables;
  2. Bassin de main d’œuvre important;
  3. Externalités de connaissances.

Rendements d’échelle croissants au niveau sectoriel. Chaque secteur aura une courbe d’offre décroissante: plus sa production est importante, plus le prix auquel il est prêt à vendre est faible.

Accidents historiques

  • Peuvent avoir des conséquences importantes sur l’ avantage comparatif des pays en présence d’économies d’échelle externes, (influence de l’histoire sur les spécialisations).
  • La présence d’économies d’échelle externes peut justifier des interventions ponctuelles dans le temps.
  • Plus important encore. Une fois qu’elle produit à P2 l’économie Thaïlandaise peut maintenant satisfaire l’économie mondiale à un Prix P3.
  • Les restrictions au commerce deviennent un moyen de promouvoir les exportations dans ces modèles. Avec des gains au commerce au niveau mondial (avec les producteurs Suisses qui subissent des pertes).
Industrie naissante

Cette justification de la protection temporaire d’une industrie est connue sous le nom d’argument de l’industrie naissante.

  • Important dans le débat sur le rôle de la politique commerciale dans le processus de développement, notamment en cas de défaillances de marché (imperfection système financier, problème d’appropriation – cf. chapitre 3).
  • Difficile d’identifier des cas concrets de succès d’industrialisation par substitution aux importations même si cette stratégie était très répandue dans les PeD dans les 1970s.
  • La protection commerciale ne suffit pas pour développer un avantage comparatif et une industrie compétitive (nécessité d’accumuler du capital physique, humain, etc.) + difficile de déterminer quels secteurs nécessitent vraiment un soutien.
  • Néanmoins, quelques succès importants : Corée du Sud, Chine, etc.
Extension : l’économie géographique
  • Krugman (Nobel 2008).
  • Explique les processus d’agglomération spatiale de l’économie et les échanges économiques qui en résultent. Les dynamiques d’agglomération :
  • Si les entreprises bénéficient de rendements d’échelles internes et qu’il existe des coûts de transport.
  • Intérêt à se situer à proximité d’un grand marché.
  • Implantation de plusieurs entreprises dans une même région.
  • Engendre des économies d’échelle externes + augmente la taille du marché (nouveaux producteurs attirent nouveaux travailleurs et donc nouveaux consommateurs).
  • Attire de nouveaux producteurs …
  • Processus cumulatif d’agglomération spatiale. Processus cumulatif d’agglomération spatiale né de la conjonction des économies d’échelle internes et externes
  • Régions de grande taille se spécialisent dans les secteurs des biens industriels à rendements croissants.
  • Régions périphériques se spécialisent dans les productions à rendements constants.
  • Nouveaux flux d’échanges commerciaux Dans les faits toutes les activités à rendements croissants ne se concentrent pas systématiquement dans un lieu unique car il existe des forces de dispersion (contraintes sur mobilité des travailleurs, effet de congestion sur les facteurs immobiles, intensité de la concurrence).

Krugman (1991): en partant d’une situation où les secteurs industriels avec rendements d’échelle croissants sont équitablement répartis entre les région/pays, la baisse des barrières aux échanges internationaux renforce la probabilité d’avoir un processus cumulatif d’agglomération.

Exemple: Intégration européenne

  • Pays/régions au centre de l’Europe attirent et se spécialisent (1/7 de la surface mais ½ de l’activité) + pays/ régions périphériques moins de chance de développer des pôles industriels dynamiques.
  • Creusement des inégalités entre les régions européennes.
  • Politique régionale ambitieuse. Nécessaire pour contrebalancer les mécanismes de l’agglomération.
  • Arbitrage entre efficacité Économique et équité spatiale.

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