Externalités
Économie de la pollution
- Les externalités partagent beaucoup de points communs avec les biens publics.
- La pollution est mauvaise pour la société. Pourtant, la pollution est un dommage collatéral d’une activité économique qui procure du bien-être.
- Pour cette raison, le niveau optimal de pollution n’est pas de zéro.
- Alors, combien de pollution une société doit-elle tolérer? Quels sont les coûts et bénéfices de la pollution?
Les coûts et bénéfices de la pollution
- Le coût marginal social de la pollution est le coût additionnel subi par la société par une unité additionnelle de pollution.
- Le bénéfice marginal social de la pollution est le gain additionnel pour la société associé à une unité additionnelle de pollution.
- La quantité socialement optimale de pollution est la quantité de pollution que la société choisirait si tous les coûts et bénéfices de la pollution étaient entièrement pris en compte.
Quantité socialement optimale de pollution
Pourquoi un marché produit trop de pollution
Pollution comme coût externe
- Un coût externe est un coût non compensé qu’un individu ou une entreprise impose à d’autres agents.
- Un bénéfice externe est un bénéfice non compensé qu’un individu ou une entreprise fait profiter à d’autres agents.
- La pollution est un exemple de coût externe, ou d’externalité négative.
- Au contraire, certaines activités peuvent générer des bénéfices externes ou externalités positives. Les coûts et bénéfices externes sont des externalités.
- En laissez-faire, une économie de marché générera trop de pollution car les pollueurs n’ont aucune incitation à prendre en compte les coûts externes qu’ils imposent au reste de la société.
Exemples d’externalités negatives
- La fumée de cigarettes (fumée passive);
- Les gaz d’échappement d’une voiture;
- Les chiens qui aboient ou crottent les trottoirs;
- Le volume sonore élevé d’une stéréo dans un appartement ou toute autre nuisance sonore;
- La consommation d’antibiotiques ou médicaments qui génèrent une résistance par la mutation de l’agent pathologique;
- Toute pollution ou dégradation de l’environnement.
Exemples d’externalités positives
- Le camion qui “aspire” une voiture sur l’autoroute;
- Une pépinière “coupe-vent” pour les cultures voisines;
- Un verger pour les ruches d’un apiculteur voisin qui améliore son miel. NB: L’apiculture peut aussi produire une externalité si elle favorise la pollinisation.
- L’éducation ou le savoir en général;
- Le logement en propriété plutôt qu’en location;
- Les vaccins;
- La restauration de bâtiments historiques ou tout ce qui attire des touristes;
- L’externalité de réseau: en achetant un bien ou service interconnecté, les autres utilisateurs en bénéficient.
- La recherche dans le domaine des nouvelles technologies.
Existe-t-il une solution privée (marchande) aux externalités?
- Dans un célèbre article de 1960, l’économiste/juriste Ronald Coase démontre que dans un monde idéal, le secteur privé peut très bien gérer toutes les externalités.
- Selon le théorème de Coase, même en présence d’externalités, une économie peut atteindre une solution efficiente, pourvu que les coûts de la négociation soient suffisamment faibles.
- Les coûts de la négociation se nomment coûts de transaction.
Un équilibre négocié entre deux parties privées
Mais on ne fait pas ça, le surplus généré est plut petit que le coût de transaction.
Solutions privées aux externalités
- Le modèle de Coase implique que les externalités ne conduisent pas nécessairement à un échec du marché (inefficience), car les individus ont des incitations à trouver une façon de réaliser des gains mutuellement avantageux, qui leur permet d’intégrer les externalités dans leur choix lorsqu’ils prennent des décisions.
- Lorsque des agents prennent en compte leurs externalités, les économistes disent qu’ils internalisent l’externalité.
- Pourquoi des agents privés n’internalisent-ils dès lors pas toujours ces externalités?
- Problème de resquille (Free Rider Problem) entre les parties intéressées.
- Les coûts de transaction empêchent les individus de procéder à des arrangements avantageux.
Le problème de resquille à nouveau
- Une des particularités les plus dommageables en présence d’externalités, réside dans le principe des préférences non révélées.
- Cela se résume à un comportement stratégique visant à profiter de l’action collective d’autrui sans devoir en subir le coût.
- Ex.: 10 pêcheurs pourraient compenser une entreprise polluante qui a le droit de polluer une partie de la rivière. Si chaque pêcheur contribue à raison de 1000CHF, la rivière est entièrement dépolluée et 100% propre, et chaque pêcheur en retire un bénéfice équivalent à 3000CHF. Si un seul pêcheur paie 1000CHF à l’entreprise, la rivière est toujours polluée à 90% (et le bénéfice du pêcheur n’est que de 300CHF). Inversement, la rivière est propre à 90% si un pêcheur ne contribue pas (bénéfice de 2’700CHF).
Les externalités des biens publics
- Non-rivalité: rendre l’air plus pur dans une région rend tout le monde plus content.
- Non-exclusion: Une entreprise privée ne pourra pas exclure les bénéficiaires potentiels d’avoir un air plus pur.
- On démontre aisément que la stratégie de resquille est dominante. Ex.: Si tout le monde achète un catalyseur à 500CHF), le bénéfice individuel est de 600CHF. Si seule une personne (ou une minorité) l’achète, le bénéfice est nul ou négligeable:
Les coûts de transaction
- Exemples de coûts de transaction:
- Le coût de communication entre les parties intéressées. Ces coûts peuvent être très élevés si le nombre de parties intéressées augmente.
- Le coût de conférer une valeur légale à un accord peut s’avérer très élevé s’il faut recourir à un avocat ou un notaire.
- Les retards qu’implique la négociation. Même s’il existe une issue avantageuse à l’accord, chaque partie peut souhaiter attendre pour bénéficier d’une situation plus favorable, ce qui accroît les efforts et le bien-être perdu.
Les politiques contre la pollution
- Les normes environnementales sont des règles qui protègent l’environnement en désignant des actions précises à des producteurs ou consommateurs. En général, ces normes sont inefficientes en raison de leur faible flexibilité.
- Une taxe sur les émissions est un impôt qui dépend de la quantité de pollution émise par l’entreprise.
- Les permis d’émission échangeables sont des permis pour émettre une quantité limitée de pollution qui peuvent être achetés ou vendus entre producteurs.
- Les impôts visant à réduire les coûts externes s’appellent les impôts pigouviens.
Graphique d’une taxe pigouvienne
Efficience des politiques de lutte contre la pollution
- Lorsque la quantité de pollution peut directement être mesurée et contrôlée, l’objectif de réduction de la pollution peut être atteint efficacement de deux manières: Avec les taxes d’émission et avec les permis de polluer échangeables.
- Ces méthodes sont efficaces car elles sont flexibles. Par flexibilité, on entend: elles allouent plus de réduction de pollution à ceux qui peuvent le faire à moindre coût.
- Une taxe sur les émission est une forme particulière d’impôt pigouvien, un impôt qui vise à réduire les coûts externes (dont la pollution n’est qu’un exemple).
- L’impôt pigouvien optimal est égal au coût marginal externe de la pollution. Dans ce cas, l’externalité sera internalisée (son vrai coût externe sera pris en compte par le marché) et le Coût marginal social sera égal au Bénéfice marginal social.
Externalités et activité marchande
- Lorsque des coûts externes existent et sont associés à un bien, le coût marginal social de ce bien est supérieur au coût marginal de production (privé) du bien.
- En l’absence d’intervention étatique, l’industrie produit typiquement trop du bien.
- La quantité socialement optimale du bien peut être atteinte grâce à un impôt pigouvien égal au coût marginal externe, ou via un système de permis de pollution échangeables.
Externalités négatives et production
Bénéfices privés vs. bénéfices sociaux
- Le bénéfice marginal social d’un bien ou d’une activité est égal au bénéfice marginal qu’en retirent les consommateurs plus le bénéfice marginal externe, qui échoit à d’autres personnes.
- Une subvention pigouvienne est un paiement visant à encourager les activités qui génèrent des bénéfices externes.
- Un progrès technologique est un bénéfice externe, lorsque la découverte peut être adoptée par plusieurs individus ou firmes.
- La quantité socialement optimale peut être atteinte en fixant une subvention pigouvienne égale au bénéfice marginal externe.
Externalités positives et consommation
Externalités de réseau
- Un bien ou service est sujet à des externalités de réseau lorsque la valeur du bien ou service pour un individu augmente avec le nombre d’autres consommateurs du bien ou service.
- Dès que la consommation d’une autre personne augmente mon bénéfice marginal de la consommation du bien, on observe une externalité de réseau.
- Un bien ou service est sujet à un feedback positif lorsque son succès génère un succès encore plus grand.
- Caractéristiques très similaires au monopole naturel.