Biens publics
Réflexion
- Quelle différence peut-on voir entre installer une nouvelle salle de bain et construire un réseau d’égouts collectif?
- Quelle différence existe-t-il entre cultiver des tomates et pêcher dans l’océan?
- Pourquoi certaines espèces animales ou végétales sont en danger d’extinction et d’autres pas du tout?
- Dans chaque cas, il existe des différences intrinsèques dans les caractéristiques propres du bien considéré.
Des biens libres
- Lorsque les biens sont librement disponibles, les marchés ne peuvent pas les allouer de manière efficace.
- Le fait qu’un bien soit gratuit (prix égal à zéro) n’implique pas que la valeur du bien est nulle pour la société. Seule sa valeur marchande est nulle.
- L’eau, le paysage, les forêts, etc. fournissent des bénéfices aux membres de la société qui les consomment.
- Une lacune de marché implique généralement qu’il y a moyen d’accroître l’efficience par une intervention de l’État.
Les biens
Caractéristiques
- Les biens ou services peuvent généralement être catégorisés selon deux attributs:
- L’exclusion ou la non-exclusion;
- La rivalité ou la non-rivalité.
- Un bien est exclusif si le fournisseur du bien peut restreindre sa consommation à ceux qui s’en acquittent par l’achat. A contrario, le bien est non exclusif si les consommateurs peuvent en jouir sans devoir payer.
- Un bien est rival en consommation si la même unité du bien ne peut pas être consommée par plusieurs personnes en même temps. A contrario, un bien non rival si plus d’une personne peuvent consommer le bien simultanément.
Catégories
Ces caractéristiques nous permettent de définir quatre types de biens:
- Les biens privés purs, qui sont à la fois exclusifs et rivaux en consommation. Par exemple les tomates.
- Les biens publics purs, qui sont à la fois non-exclusifs et non-rivaux en consommation. Par exemple, un système de collecte d’égouts collectifs, un feu d’artifice.
- Les ressources communes, qui sont non-exclusives mais rivales en consommation. Par exemple, de l’eau pure dans une rivière, des poissons en haute mer.
- Les biens artificiellement rares, qui sont exclusifs mais non rivaux en consommation. Par exemple, les films en streaming (Vidéo à la demande, p.ex. Netflix), un pont, une piscine.
Pourquoi les marchés ne peuvent fournir efficacement que les biens privés purs
- Des biens à la fois exclusifs et rivaux en consommation sont des biens privés purs.
- Des biens privés purs peuvent être produits et achetés efficacement sur des marchés concurrentiels.
- Les biens non exclusifs souffrent du problème de resquille (free-rider problem): Les personnes n’ont aucun intérêt à payer pour leur propre consommation et tentent de “resquiller” auprès des autres personnes qui payent.
- Lorsque les biens sont non-rivaux en consommation, le prix efficace est égal à zéro (comme le coût marginal).
- Si les vendeurs font payer un prix positif pour compenser les coûts de production du bien, la quantité échangée est plus faible que la quantité socialement efficace.
Comportement stratégique dans le cas du resquilleur
- Supposons deux voisins habitant loin du village sans éclairage sur le chemin de la maison.
- Deux lampadaires permettraient de rendre le parcours plus sûr.
- Supposons aussi que le coût d’un lampadaire est de 3000 et que le bien-être associé à un parcours sûr est de 4000 chacun (mesuré en consentement à payer).
- Avec un seul lampadaire sur le parcours, ce dernier serait moins sûr et donc le bénéfice associé serait de 2000 chacun.
- La matrice des gains nets (bénéfice − coût) pour chaque combinaison d’actions des deux voisin est la suivante:
- Si les choix simultanés pouvaient être coordonnées,le gain net est clairement positif avec l’achat simultané des deux lampadaires.
- Cependant, il existe une incitation à maximiser le bien-être net en tentant de profiter de l’action de l’autre voisin. La stratégie dominante correspond à l’inaction.
- En conséquence, l’équilibre est sous-optimal (cas classique du dilemme du prisonnier).
- Comment assurer que le service soit fourni malgré la non-révélation des préférences?
- L’État peut coordonner la consommation du bien public en fournissant le service (ici l’éclairage) en lieu et place des deux voisins et en usant de son pouvoir de coercition pour financer ce dernier par l’impôt.
Ressource commune
- Une ressource commune est non exclusive et rivale en consommation. On ne peut m’empêcher de consommer la ressource et davantage de consommation par moi signifie automatiquement moins de consommation pour autrui.
- Quelques exemples de ressources communes sont l’air pur et l’eau propre, ainsi que la biodiversité (espèces animales et végétales de la planète).
- Dans chacun de ces cas, le fait que le bien soit rival en consommation mais surtout non exclusif, pose de sérieux problèmes d’allocation.
- Les ressources communes en situation de laissez-faire sont sujettes au problème de sur-exploitation.
- La sur-exploitation se produit lorsqu’un agent exploite une ressource jusqu’à l’épuisement sans prendre en compte le coût pour les autres dans sa décision d’exploitation.
- Dans le cas de la ressource commune, le coût marginal social de mon usage de la ressource est plus élevé que mon coût marginal privé d’utilisation du bien.
La tragédie des communaux
- Exemple classique: Des éleveurs partagent les prés communaux entourant un village.
- Incitation pour l’éleveur représentatif: surexploitation des communaux, car le coût privé est nul. En sur-exploitant le champ, la qualité de la terre se dégrade et l’herbe ne pousse plus.
- Les bénéfices d’un comportement responsable sont négligeables voire nuls. Ceci est d’autant plus vrai si l’éleveur anticipe un comportement peu responsable des autres éleveurs.
- Conséquence: tous les éleveurs surexploitent la ressource communale, et la collectivité en pâtit. C’est la somme des comportements individuels et rationnels fondés sur la maximisation du bien-être (ou du profit) qui conduit à cet échec de marché.
- On en trouve une illustration courante dans la réalité avec lesexemples de surpêche. Le problème est nécessairement plus aigu sans lorsque le bien commun s’étend au-delà des frontières, car cela nécessite une coordination au niveau international.
- Les perdants sont souvent les exploitants eux-mêmes pris collectivement.
- Prise de conscience avec l’article célèbre de Garett Hardin (1968) et les travaux de Elinor Ostrom (prix Nobel 2009).
- Le problème de la rivalité et de la non-exclusion d’une ressource commune est au coeur de tous les problèmes liés au maintien d’espèces en voie de disparition. Absence de droits de propriété sur les espèces animales et végétales sauvages.
Des vaches et des éléphants
- Une vache est une ressource privée. Un animal domestique exploité de manière efficiente pour produire du lait, de la viande et du cuir.
- Une telle ressource partage des caractéristiques de capital: L’éleveur s’assure que sa vache puisse se reproduire pour maintenir son stock (le troupeau) et permettre ainsi de générer des revenus futurs.
- L’éléphant: C’est un animal sauvage ayant les attributs d’une ressource commune, dont la popularité tient essentiellement à l’ivoire qui peut être récupéré de ses défenses.
- Une telle ressource n’est prise qu’à des fins de consommation: Les éléphants sont tués indépendamment de leur âge et état reproductif. La viande, le lait et la peau ne sont pas du tout exploités.
Usage et maintien efficient d’une ressource commune
- Pour garantir l’usage efficient d’une ressource commune, la société doit trouver un moyen pour que les utilisateurs individuels prennent en compte le coût social de la sur-exploitation imposé aux autres.
- Comme les externalités négatives, une ressource commune peut être gérée de manière efficiente:
- Par un impôt ou une mesure de régulation imposée sur l’usage de la ressource.
- En la rendant exclusive par l’attribution de droits de propriété.
- En créant un système de permis échangeables pour le droit d’exploiter la ressource.
Biens artificiellement rares
- Un bien artificiellement rare est exclusif mais non rival en consommation.
- En raison de la non-rivalité en consommation, le prix efficient est zéro.
- Cependant, en raison de sa caractéristique d’exclusion, les vendeurs font payer un prix positif, ce qui réduit sa consommation et rendent l’équilibre sous-optimal.
- Le bien est rendu artifiellement rare car les vendeurs font payer un prix positif.
- Le coût marginal de permettre une personne additionnelle de consommer est nul.
- Les problèmes liés au bien artificiellement rares sont très proches de ceux liés au monopole naturel.
Qui devrait fournir de tels biens?
- Souvent, ces biens sont fournis directement sur les marchés, et tantôt ils sont fournis par l’État.
- Grandes différences entre pays selon le choix d’allocation de ce type de biens.
- Équité joue aussi un rôle important dans le choix de fournir ce bien à travers l’État ou le marché.
- Exemple: L’éducation, car elle permet d’accroître la mobilité sociale.
- Remarque: En cas de congestion, la réduction de la qualité du service ramène une composante de rivalité dans la consommation du bien ou service. Exemple: bouchon sur une route à péage, nageurs en surnombre dans une piscine ou encore salles d’universités trop petites et bondées.
Non-révélation des préférences
- Exemple: si pour avoir un service de voirie ou d’éclairage des rues donné, le coût est de 100 et que Jean est prêt à payer 20, Jacques 30 et Paul 50, on a la quantité optimale du bien public, car la somme des volontés de payer est égale au coût de production du service.
- Une entreprise privée de voirie pourrait-elle financer ce service en faisant payer chacun selon sa volonté de payer?
- Réponse: non, en raison du problème de passager clandestin.
- Différence fondamentale entre bien privé et bien public dû à la (non-)rivalité:
- Bien privé: des quantités différentes pour le même prix;
- Bien public: la même quantité avec des prix différents.